Les membres fondateurs

Réunis autour de la même passion et au service du plus grand nombre, découvrez les 17 membres fondateurs de l’association, son président, sa marraine, ses administrateurs. Chacun d’entre eux vous fera partager un moment fort, fondateur de cette passion…

Les 17 membres et leurs fonctions :

Bernard Bled

portrait de Bernard Bled

Magie du Tour, chaleur de l’été, chapeau de papier, « marcel » et sauciflard, course à la canette, homme au marteau et sorcière aux dents vertes, Line Renaud et Yvette Horner, Goddet en Living stone et les héros de mon enfance : Biquet et Bobet, Coppi et Bartali, Kübler et Koblet, Gaul et Bahamontes, Anquetil et Poulidor, Fignon et Hinault, tous ces géants, ces forçats de la route statufiés par Albert Londres et immortalisés par Antoine Blondin…

L’oreille collée au poste TSF sur le tansad de la moto de Virot ou de Quittard avec Bourillon et Lévitan dans les sacoches, au cœur du sprint avec Chapatte, sur les pentes du Galibier, de l’Izoard ou du Ventoux, dans la descente de Mente ou du Perjuret, en transes à l’écoute de l’exploit ou du drame, je vis intensément les aventures et les destins, chanson de geste de mon temps…

Mon grand-père vibrait pour Monsieur Henri(1), mon père avait hérité du vélo de Monsieur Charles(2) et moi dans ma rue de Malakoff, patrie du vieux gaulois Christophe(3), je me prenais pour Louison(4), mon idole, juché sur un vieux clou rouillé et rapiécé aux allures, pour moi seul, d’une « Stella » ou d’un « Mercier » …

au cœur du sprint avec Chapatte, sur les pentes du Galibier, de l’Izoard ou du Ventoux…

La magie du Tour est pour l’éternité dans la légende du siècle et tant pis pour les pisse-vinaigre et les pousse-mégots, les frustrés du pédalier et les cassandres de la roue libre, c’est formidable la petite reine et la grande boucle…

Alors que le rêve perdure et que ma joie demeure…

(1) Henri Pélissier (vainqueur du tour 1923), (2) Charles Pélissier (Vainqueur de 8 étapes sur le tour 1930), (3) Eugène Christophe (répara lui-même sa fourche brisée à Sainte Marie de Campan lors du tour 1913), (4) Louison Bobet (3 victoires consécutives en 1953,1954 et 1955).

Geneviève de Fontenay

« …Le vélo pour moi a toujours été synonyme de liberté et de fête.

portrait de Geneviève de Fontenay

Souvent, adolescente, je partais d’Hagondange, petite ville de l’est de la France entre Metz et Thionville, pour rejoindre, avec quelques camarades Luxembourg, pour un pique-nique sur les bords de l’Alzette ou au parc Klein. Et cela, dans un joyeux aller-retour en passant par Mondelange, Illange, Evrange et Hesperange.

C’étaient elles, les étapes de notre petite boucle qui nous paraissait bien grande ! Presque 120 km !

Alors, aujourd’hui, mon admiration est très grande pour les coureurs qui produisent ce spectacle magique et accessible à tous, qui réussit à réunir toutes les générations d’une même famille l’espace d’une après midi.
Ces grands pères, mamies, enfants, petits enfants, mobilisés autour d’un déjeuner sur l’herbe aux bords d’une départementale pour fêter ces derniers champions tout au long d’un parcours formidable de presque 4000 km. C’est un prétexte unique, aussi, de redécouvrir tout au long des reportages si bien commentés par Jean-Paul Ollivier, la richesse de nos campagnes, son folklore, ses traditions, son patrimoine. Certains d’entre eux mériteraient d’être montrés dans les écoles pour illustrer certains cours d’histoire ou de géographie.

…C’étaient elles, les étapes de notre petite boucle de 120 km !…

Et puis ce spectacle est tellement populaire, comme l’organisation Miss France, qui couronnait pour la première fois en 1920 Agnès Souret (l’année de la troisième victoire du Belge Philippe Thys sur le Tour de France -NDLR). Nous fêterons cette année la 86e année des Miss et le Tour de France ses 103 ans ! Deux moments qui sont ancrés maintenant dans la tradition populaire française. C’est ce que j’ai ressenti encore l’année dernière sur l’étape Chambord–Montargis que j’ai suivie avec tant de plaisir … »

Jean Collin

C’était à la fin de l’été 1950. À l’époque les vacances scolaires finissaient le 30 septembre et je me trouvais quelque peu désœuvré.

portrait de Jean Collin

Mon père prenait chaque jour son vélo, pour aller faire quelques emplettes au village distant de 5 kilomètres de la ferme familiale ; j’aurais voulu l’accompagner, mais ma mère estimait que la route départementale était trop dangereuse pour un garçonnet de 7 ans.

Un beau jour, mon père, de retour du village, me tendit un journal : « tiens, voici le miroir, ça devrait te plaire ! ».

Le miroir, c’était Miroir Sprint, journal hebdomadaire de couleur bistre, dont le sous-titre était «  le maillot jaune des hebdomadaires sportifs ; sur la couverture, je voyais en gros plan un coureur cycliste, roulant à allure tranquille sur un magnifique vélo de course ; la photo était accompagnée de la légende «  le tour de l’Ouest pour Redolfi ».

J’ouvris le journal : à l’intérieur, je me mis à lire un chapitre des souvenirs du Tour de France 1950 par Gino Bartali.

… véritable livre d’aventures, dont les acteurs avaient pour noms Bartali, Magni, Kubler, Bobet…

Je trouvais cela passionnant : c’était un véritable livre d’aventures, dont les acteurs avaient pour noms Bartali, Magni, Kubler, Bobet.

Ce dernier m’apparaissait le plus beau, le plus audacieux, mais aussi le plus malchanceux.

J’en fis mon héros, et mon plus grand moment d’enfance, se produisit 1 an plus tard, en juillet 1951, lorsque je pus le voir, presque le toucher, à l’arrivée du Tour de France, à Clermont Ferrand.

Isabelle Ranjard

portrait d'Isabelle Ranjard

Évidemment, il y a eu la première expérience du retrait des roulettes, vous roulez à fond pour trouver l’équilibre, et quand il s’agit de stopper, à cause d’un obstacle généralement, c’est la déroute ! Premier accident, rencontre avec un fagot…

Puis, à l’âge des classes de neige et de mer, la mienne a connu une expérience nouvelle, une aventure : le Tour des Yvelines à vélo et une petite centaine de gamins heureux… Fierté des enfants : premier jour, 65 km parcourus. C’était incroyable ! Dur parfois, mais quelle équipée !

…65 km parcourus. C’était incroyable ! Dur parfois, mais quelle équipée !

Enfin, une vraie rencontre d’amitié avec un passionné de vélo, amoureux du Tour de France, un sacré tempérament, de ceux qui vous transmettent leur passion avec énergie et vie, et le tour est joué… Une autre vision du monde…

Christophe Peyrat Armandy

En 1979, un dimanche après-midi, mon père allume la télévision pour regarder l’arrivée finale du Tour de France. Sous un soleil éclatant, deux coureurs sont échappés du peloton à une cinquantaine de kilomètres : Bernard Hinault, le maillot jaune et son dauphin Joop Zoetemelk.

Bernard Hinault gagne au sprint sur les Champs-Elysées et devient mon idole après avoir remporté l’étape la veille à Nogent-Sur-Marne.

Emmanuel Deal

Parce que, gamin, le vélo représentait une forme de liberté absolue.

David Dybman

23 juillet 1989 - 21e étape - Versailles-Paris

Je n'en crois pas mes yeux. J'ai encore en tête cette image d'un Laurent Fignon incrédule, en larmes.

Laurent Fignon possède 50 secondes d'avance sur Greg Lemond. Il s'agit d'un contre-la-montre de 24,5 km. A priori, rien ni personne ne peut empêcher Laurent Fignon de remporter sa troisième Grande Boucle. Greg Lemond est le premier à partir. Au fil des kilomètres, il refait son retard sur le Français. Je ne peux décrocher les yeux de ma télévision. Il reprend 10 secondes puis 19 puis 24. Après 18 kilomètres, Fignon n'a plus que 15 secondes d'avance.

Lemond file comme le vent. En moins de 27 minutes, l'Américain  a bouclé son contre-la-montre. Il ne lui reste plus qu'à attendre. Debout devant l'écran je regarde les secondes défiler. 27'47, 27'48, c'est fini. Fignon a tout perdu. Je n'en crois pas mes yeux. J'ai encore en tête cette image d'un Laurent Fignon incrédule, en larmes. Mon premier grand moment du Tour de France. J'avais 13 ans.

Jacques Etcheverry

« …Un jour, je suis tombé, je ne sais plus comment, sur un article de Vélo Magazine relatant la dernière édition de l'Étape du Tour, cette épreuve cycliste où il est donné l'occasion à des amateurs de parcourir une étape identique à celle des professionnels.

Des types témoignaient des difficultés du parcours, des cols à escalader, des braquets utilisés, du courage nécessaire, de l'ambiance conviviale des ravitaillements, de la fierté d'arriver au bout, etc.
J'ai tout de suite trouvé l'idée géniale. À l'époque, je jouais au tennis mais j'avais de plus en plus de mal à disputer des tournois à cause des contraintes professionnelles. Je faisais aussi un peu de vélo, en loisir, pour entretenir ma condition physique. J'ai décidé de participer à la prochaine Étape du Tour.

…8 heures plus tard, après 207 km et 4 cols du massif central,…

C'était le mois de septembre, j'ai acheté un nouveau vélo (Décathlon), je me suis équipé parce que tu as vite froid en vélo en dehors de l'été, j'ai commencé à regarder les sites Internet qui parlaient de préparation physique.

Tous les dimanches d'hiver, j'ai roulé, dans le froid, dans le vent, sous la pluie, jusqu'à 70 kilomètres, tendu vers mon objectif. Je jouais de moins en moins au tennis.

Fin avril, je franchissais pour la première fois la barrière des 100 kilomètres sur une sortie. Quelle fierté ! Le 12 juillet 1999 vers 7h du matin, je me trouvais à Saint-Galmier parmi 5 500 concurrents pour prendre le départ de l'Étape du Tour. Environ 8 heures plus tard, après 207 kilomètres et 4 cols du Massif Central, totalement épuisé en ayant été au bout de moi-même, je franchissais la ligne d'arrivée à Saint-Flour.

Peu après, j'achetais le nouveau numéro de Vélo Magazine pour lire l'article sur l'Étape, comparer les témoignages des participants, regarder les photos et… voir mon classement…. »

Stéphane Ferracci

Ce samedi 20 Septembre 1985, je m’ennuie à la maison. J’ai 14 ans. Je décide alors de faire une balade en vélo. Le Rouret, Opio, Valbonne, Roquefort le Pins, Le Rouret. Un tour d’une dizaine de kilomètres dans l’arrière pays cannois. A l’époque, les courses cyclistes ne me passionnent pas. La bicyclette est surtout un passe temps, un moment de liberté.

Après trois kilomètres, deux cyclistes me doublent à faible allure. Leurs vélos sont bleus, leurs maillots jaune et blanc.

…Ce soir là, ma résolution est prise. Je veux être champion cycliste…

Au moment de me dépasser, l’un d’eux m’adresse la parole :

- T’aime le vélo gamin ? Comment tu t’appelles ? 
- Stéphane et vous ?  
- Moi c’est Thierry et lui Charly.

Le second reprend : « T’es dans un club ? Non ! Tu devrais c’est comme ça qu’on progresse ».

Mon souffle commence à se faire court. Mon cœur s’accélère. Après 3 kilomètres en leur compagnie, je ne peux plus suivre le rythme. Alors que j’ai la sensation d’être au sprint, je vois, après un dernier adieu, mes compagnons de route s’éloigner rapidement devant moi. Juste le temps de lire une dernière inscription sur leur maillot : Renault – Gitane.

De retour chez moi, je raconte la rencontre à mes parents. « Ce sont sûrement des coureurs qui vont participer au Grand Prix des Nations demain, avance mon père. J’ai vu un article dans Nice-Matin ».

Le lendemain, je suis sur le bord de la route. Je me suis posté au sommet d’une courte côte dans le village de Valbonne. Les coureurs défilent l’un après l’autre. Ils luttent contre le chronomètre. Mon père ne s’est pas trompé. Malgré la vitesse et leurs casques profilés, je reconnais mes deux compagnons de route de la veille. Tour à tour, je les vois passer devant moi.
Allez Thierry ! 
Allez Charly !
Je ne connais même pas leurs noms. Les badauds postés à quelques mètres de moi ne sont pas mieux informés.

Le soir à la télévision, je découvre les résultats. « Charly Mottet a remporté la course en couvrant les 89 kilomètres en 2H01, le deuxième est son coéquipier Thierry Marie…». Je reste la bouche ouverte…Mes yeux s’illuminent…

Ce soir là, ma résolution est prise, je veux être champion cycliste.

L’année suivante je prends ma première licence dans le club cycliste de Châteauneuf de Grasse. Un an plus tard, au bout d’une interminable ligne droite et d’un sprint agité, je lève les bras au ciel. Je viens de remporter ma première course: le Grand Prix Francis Tonner* à Cannes La Bocca. J’ai 16 ans. Le vélo n’a depuis, jamais cessé de couler dans mes veines.

* Francis Tonner (1920-1944). Résistant, chef des Corps Francs. Il a participé à la libération de Cannes.

Michel Fulla

C'était l'été 1954. Mes parents nous avaient emmenés pour les grandes vacances sur la Côte d'Azur. Pour nous qui arrivions du Maroc, c'était le dépaysement total. Les baignades dans la Grande Bleue, les balades le soir sur la Promenade des Anglais, les belles voitures décapotables, les cassates à l'italienne dont nous nous délections avec gourmandise, firent que ces vacances restèrent dans ma mémoire comme inoubliables.

portrait de Michel Fulla

Inoubliables surtout à cause d'un événement inattendu dont j'ignorais qu'il puisse exister : le Tour de France ! J'avais, il faut le dire, à peine neuf ans et la possession d'un vélo restait du domaine du rêve.

Un soir mon père nous annonça après l'incontournable cassate "Demain, les enfants, nous irons voir passer le Tour ! Il faudra se lever tôt car la route est coupée à la circulation une heure avant le passage de la caravane et du peloton.

Caravane, peloton, tour, tous ces mots nouveaux pour moi me devinrent familiers bien plus tard, mais l'idée d'aller voir passer les coureurs comme je l'entendais autour de moi était assez excitante.

J'avais, il faut le dire, à peine neuf ans et la possession d'un vélo restait du domaine du rêve.

Ma mère avait préparé le pique-nique, mon père gara sa Volkswagen, dont il était très fier, dans un pré. Nous partîmes nous installer au carrefour de deux routes, juste à l'entrée d'un village bâti près d'une imposante colline.

Mon père avait pris soin d'acheter le journal, il consulta les classements, jetant un œil inquisiteur de temps en temps vers la droite de la route : "Ils vont arriver par là, regardez bien le maillot jaune c'est le plus fort, le meilleur".

Après plus d'une heure d'attente, on commença à entendre au loin, des haut-parleurs, des klaxons, il y eut comme un frémissement dans le public rangé de chaque côté de la route. “C'est la caravane qui arrive ! Attention”.

"Ils vont arriver par là, regardez bien le maillot jaune c'est le plus fort, le meilleur"

Déjà les premiers véhicules publicitaires ralentissaient en vue du village, des hommes assis sur les bords des portières lançaient des chapeaux en papier, des lots de casquettes, des sachets de bonbons et plein d'autres choses encore que la main ferme de mon père m'empêchait d'aller chercher. Mon frère avait réussi à ramasser un lot de casquettes jaunes qu'il serrait contre lui, il daigna sous l'injonction de ma mère m'en donner une.

Nous étions les mieux placés, au dire de mon père. En se penchant un peu sur le côté droit, on distinguait le long ruban d'asphalte avec ses bosses, ses virages, et la foule qui l'encadrait. Quelques gendarmes assuraient la sécurité.

Soudain, la foule s'agita on entendit des "Les voilà ! Les voilà !" Je vis passer quelques motos avec, juchés dessus, des photographes, puis, des gendarmes casqués, sifflets à la bouche et gesticulants.

On entendait quelqu'un commenter.

Je me souviens des noms de Dotto, Vietto, Mallejac, et surtout Bobet.

Je me souviens des noms de Dotto, Vietto, Mallejac, et surtout Bobet. Les gens criaient, encourageant les coureurs ! Quatre d'entre eux débouchèrent soudain devant nous, maillots bariolés, dégoulinants de sueur, arc-boutés sur leurs machines. Mon père cria "ce sont les échappés". Je tournai la tête de droite à gauche puis de gauche à droite, distinguant à peine leurs visages. Au passage leurs vélos semblaient laisser une poussière argentée qui s'évanouissait très vite. Je tâchais de les suivre le plus longtemps possible, mais ils fonçaient sans se retourner suivis par une cohorte de motards et de voitures de mécaniciens; c'est ce que j'appris plus tard.

Tout à coup, la foule s'écarta, le peloton arrivait. J'entendis comme un grésillement, comme un chuchotement bizarre, je me penchai un peu, retenu par la poigne paternelle. Ils étaient là, ils avançaient, leurs bicyclettes brillaient au soleil. Le bruit, c'était celui des centaines de roues, de pédaliers actionnés par autant de paires de jambes, qui se propageait, précédant même le passage des coursiers…

C'était donc ça un peloton ! Tout un tas de cyclistes qui passaient sans nous accorder un regard, le leur étant fixé sur les échappés qui étaient maintenant invisibles. La foule continuait pourtant à applaudir, à crier des noms, j'entendis des "Allez Louison", "Allez Dédé", je ne savais pas qui ils étaient mais je répétais moi aussi comme une leçon bien apprise les noms de ces coureurs qui conservaient leurs mains en haut de leurs guidons. Ils passèrent si vite que je n'eus pas le temps de voir le fameux maillot jaune ; je me souviens des plaques fixés sur les cadres et les numéros qui défilaient : 144, 58, 47, 38.

Après tout alla trop vite. Je regardais au loin le peloton continuer son chemin, quand de nouveaux encouragements éclatèrent sur le bord de la route. Je tournai la tête et vis arriver un camionnette Renault avec, accroché à son toit, un drôle de bout de bois, un manche agrémenté d'une moustache de poils. "C'est le camion balai dit mon père, il ramasse ceux qui ne peuvent pas suivre, ceux qui sont fatigués, ceux qui ne verront jamais l'arrivée ! Une sorte de corbillard rajouta quelqu'un. Je crois me souvenir que je ne savais pas encore ce qu'était un corbillard et heureusement, car, devant le camion balai, se démenait un petit coureur au maillot bleu cerclé de deux bandes jaunes. Je voyais ses mollets démesurés pousser sur les manivelles de son pédalier, ses mains agrippés au guidon de sa machine, il roulait bien moins vite que ceux qui le précédaient. J'eus le temps de le voir passer, de noter son numéro de dossard, puis il disparut à mes yeux, remplacé par la masse imposante du camion balai qui le suivait à distance. Je ne sais pas quel était le nom de ce coureur, les gens l'encourageaient quand même par des "allez petit". Je ne sais pas s'il termina la course mais, pour moi, ce jour là, il était un champion.

Roland Gabert

Passionné de vélo et plus particulièrement de cyclotourisme discipline que je pratique régulièrement.
Pour moi le cyclotourisme, c'est la liberté de cycler où on veut quand on veut, comme on veut, activité de loisir, de pleine nature.
C'est une diversité de pratique, pour découvrir la nature, dans une ambiance conviviale.

« Le cyclotourisme est une forme d'humanisme. »

Le cyclotourisme permet d'évoluer dans des axes différents qui allient à la fois le sport, la santé et la culture.
Le cyclotourisme dans sa pratique nivelle la hiérarchie sociale.
Lors d'une ascension de col par exemple tout le monde est habillé en cycliste, tout le monde se parle, tout le monde est logé à la même enseigne dans la douleur, la joie de se mesurer à soi même, de découvertes, de rencontres enrichissantes.

En conclusion une citation de Paul GUTH :

« Le cyclotourisme est une forme d'humanisme »

Gilles Wagnon

portrait de Gilles Wagnon

Ce petit vélo rouge qui venait tout juste de perdre ses 2 roulettes à l’arrière n’a pas voulu se laisser dompter et c’est pour cela qu’il me jeta à terre ! Je devais avoir 4 ans, mon père, instituteur, n’avait pas été suffisamment vigilant et je m’étais élancé dans la cour d’école aux allures de pente douce, pour finir quelques mètres plus bas en sanglots, au pied d’un platane qui était resté désespérément immobile! J’aurai ma revanche, c’était sûr !

Quelques années plus tard, mon frère et moi-même nous recevions pour ce noël 1973 un vélo que l’on appelait alors des demi-courses. Ils étaient tous les deux sans vitesse et rigoureusement identiques à la différence que celui de mon frère était vert et le mien bleu, de la marque Dardenne, un petit fabricant de Moret sur Loing en Seine et Marne où habitaient nos grands parents.

Battre Eddy Merckx était tellement inimaginable que je croyais assister à un miracle !

Nous étions fous de joie même si certains de nos copains de l’époque roulaient déjà avec des modèles 3 vitesses.

La première course me fut fatale. Après 500 mètres de chevauchée, j’étais à terre bien abîmé, et trois rayons de ma roue avant avaient rendu l’âme. Cette roue voilée, je l’ai gardée longtemps.

Et puis le temps des longues après midi à ne pas entendre les copains, comme Henri, qui m’appelaient dehors est arrivé. Bien installé devant l’écran noir et blanc du salon à regarder, hypnotisé, Luis Ocana, Eddy Merckx, Raymond Poulidor, Lucien van Impe, Bernard Thévenet, Joop Zoetemelk et plus tard Bernard Hinault qui transformait son maillot tricolore en un arc en ciel à Sallanches en 1980.

Mais l’image qui m’aura définitivement marqué c’est celle de Bernard Thévenet, N°51, dépassant Eddy Merckx dans la montée de Pra-loup le 13 Juillet, pour décrocher sa première étoile au terme de ce Tour de France 75. Battre Eddy Merckx était tellement inimaginable dans mon esprit d’enfant que je croyais assister à un miracle !

Depuis, la fièvre du vélo n’est jamais retombée docteur !

Tour à tour, spectateur, téléspectateur, pratiquant modeste de plaine et de montagne.

À chacun son tour…

Elie Bonnet

Je garde en tête depuis tout petit, des images de fête, d’animation, de joie, au passage de la caravane du Tour de France, notamment lorsque j’habitais à Jonage, dans le Rhône.

La grande époque de Fignon : c’était mon idole...

La grande époque de Fignon : c’était mon idole, et je revois encore sa chevelure blonde et son regard incrédule, à l’arrivée du Tour 1989 qu’il venait de perdre face à Lemond, pour 8 petites secondes.

A cette époque, il y avait la fête dans chacune des villes étapes : un podium était dressé sur la grand- place ; chaque soir, une vedette venait y chanter et la fête se prolongeait tard dans la nuit, dans les chants et les danses.

La fête a disparu, mais j’ai rêvé que je lui redonnais vie, que je dressais le podium et que, chaque soir, après l’arrivée de l’étape, je faisais venir jusqu’à moi, les habitants des villes, pour célébrer en musique, chansons et danses, le Tour de France.